Hypothyroïdie et fertilité : comment affecte-t-elle les femmes, les hommes et la grossesse ?
L’hypothyroïdie est l’un des troubles endocrinologiques les plus fréquents chez les femmes et les hommes en âge de procréer. Bien qu’elle soit principalement associée à des symptômes tels que la fatigue, la prise de poids ou l’intolérance au froid, la fonction thyroïdienne joue également un rôle fondamental dans la fertilité et le bon déroulement de la grossesse.
Un contrôle adéquat des hormones thyroïdiennes peut améliorer l’ovulation, la qualité du sperme et favoriser une grossesse plus sûre, tant pour la mère que pour le futur enfant. C’est pourquoi l’évaluation de la fonction thyroïdienne fait habituellement partie du bilan de fertilité et du suivi préconceptionnel.
Índice
- 1 Comment fonctionne l’axe thyroïdien et qu’est-ce que l’hypothyroïdie ?
- 2 Quel est le lien entre l’hypothyroïdie et les problèmes de fertilité ?
- 3 Hypothyroïdie et fertilité féminine
- 4 Hypothyroïdie et fertilité masculine
- 5 Hypothyroïdie subclinique et FIV : quel taux de TSH est recommandé ?
- 6 Indications de la lévothyroxine dans l’hypothyroïdie
- 7 Recommandations nutritionnelles lors de la recherche d’une grossesse : iode, sélénium, vitamine D et fer
- 8 Questions fréquentes
Comment fonctionne l’axe thyroïdien et qu’est-ce que l’hypothyroïdie ?
La glande thyroïde produit principalement deux hormones : la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3), essentielles au métabolisme, au fonctionnement cardiovasculaire, au système nerveux et à la fonction reproductive.
La production hormonale est régulée par ce que l’on appelle l’axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien. L’hypophyse sécrète la TSH (thyréostimuline), qui agit sur la glande thyroïde afin de stimuler la production des hormones thyroïdiennes.
Lorsque la glande thyroïde ne produit pas une quantité suffisante d’hormones, une hypothyroïdie apparaît et le taux de TSH augmente. Dans les pays développés, la cause la plus fréquente est la thyroïdite chronique auto-immune (thyroïdite de Hashimoto), caractérisée par la présence d’anticorps anti-thyroïdiens (anticorps anti-TPO) qui reconnaissent la glande thyroïde comme un élément étranger à l’organisme (comme s’il s’agissait d’un virus ou d’une bactérie), réduisant ainsi sa fonction (maladie auto-immune).
Il existe deux formes principales :
- Hypothyroïdie clinique : TSH élevée et T4 libre diminuée.
- Hypothyroïdie subclinique : TSH élevée avec T4 libre normale.
Bien que l’hypothyroïdie subclinique puisse provoquer peu de symptômes, elle revêt une importance particulière dans le contexte de la reproduction.
Quel est le lien entre l’hypothyroïdie et les problèmes de fertilité ?
Les hormones thyroïdiennes participent directement au fonctionnement des ovaires, de l’endomètre et des testicules. Lorsqu’un trouble thyroïdien est présent, des modifications hormonales peuvent survenir et perturber la reproduction.
Parmi les principaux mécanismes impliqués figurent :
- Troubles de l’ovulation.
- Modifications de la sécrétion de prolactine.
- Altération de la réceptivité de l’endomètre.
- Modification de la qualité du sperme.
- Augmentation du risque de complications obstétricales en l’absence d’un contrôle hormonal adéquat.
L’importance de ces altérations est généralement liée à la gravité et à la durée de l’hypothyroïdie.
La présence d’anticorps thyroïdiens : est-ce important ?
Oui.
Les anticorps anti-TPO peuvent être associés à un risque reproductif accru, même lorsque la fonction thyroïdienne est normale.
Ils ne nécessitent pas toujours un traitement, mais un suivi individualisé est recommandé.
Hypothyroïdie et fertilité féminine
Altérations du cycle menstruel
L’hypothyroïdie peut perturber le fonctionnement normal du cycle menstruel et rendre l’ovulation plus difficile. Les patientes peuvent présenter :
- Des cycles menstruels irréguliers.
- Une oligoménorrhée (règles peu fréquentes).
- Une aménorrhée (absence de menstruations).
- Des règles abondantes.
- Une diminution de la fréquence des ovulations.
Dans certains cas, l’infertilité peut constituer la première manifestation clinique d’un trouble thyroïdien non diagnostiqué.
Hyperprolactinémie : le mécanisme à l’origine de l’anovulation
L’un des mécanismes par lesquels l’hypothyroïdie peut affecter la fertilité est l’augmentation du taux de prolactine.
Lorsque les hormones thyroïdiennes diminuent, l’hypothalamus augmente la production de TRH (hormone de libération de la thyréostimuline). Cette hormone stimule non seulement la sécrétion de TSH, mais également celle de la prolactine.
L’augmentation de la prolactine peut inhiber la sécrétion normale de la GnRH (Gonadotropin-Releasing Hormone), entraînant ensuite une altération de la production de FSH et de LH, deux hormones essentielles à l’ovulation.
En conséquence, peuvent apparaître :
- Une anovulation.
- Des troubles menstruels.
- Une diminution de la fertilité.
Hypothyroïdie et grossesse : complications possibles (développement neurologique du fœtus)
Pendant la grossesse, les besoins en hormones thyroïdiennes augmentent de manière significative. La relation entre endocrinologie et grossesse est particulièrement importante dans ce contexte, car les déséquilibres hormonaux peuvent influencer à la fois l’évolution de la grossesse et le développement du fœtus. C’est pourquoi, chez les patientes déjà traitées par hormones thyroïdiennes avant la conception, il est nécessaire d’augmenter et d’adapter la dose de lévothyroxine dès le début de la grossesse.
Une hypothyroïdie non contrôlée peut être associée à :
Complications maternelles
- Augmentation du risque de fausse couche spontanée.
- Hypertension gravidique.
- Prééclampsie.
- Anémie.
- Accouchement prématuré.
Complications fœtales
Le développement neurologique du bébé (prolifération des neurones et développement des connexions neuronales) dépend largement des hormones thyroïdiennes.
Au cours du premier trimestre, ce sont les hormones thyroïdiennes maternelles qui assurent le bon développement neurologique du fœtus. À mesure que la grossesse progresse, la thyroïde fœtale se développe et devient capable de compenser une éventuelle carence maternelle, à condition que la mère apporte suffisamment d’iode pour produire les hormones thyroïdiennes.
C’est pourquoi un déficit hormonal peut affecter le développement neurologique du fœtus, en particulier au début de la grossesse. Il est donc essentiel d’optimiser la fonction thyroïdienne avant la conception et de maintenir des taux normaux de T4 libre, notamment pendant le premier trimestre de la grossesse.
Hypothyroïdie et fertilité masculine
Bien que l’influence de la fonction thyroïdienne sur la fertilité féminine ait été davantage étudiée, l’hypothyroïdie peut également affecter la fonction reproductive masculine.
Les hormones thyroïdiennes participent au développement des testicules et à la production des spermatozoïdes. Lorsqu’un déficit en hormones thyroïdiennes est présent chez l’homme, des altérations de la fonction reproductive peuvent apparaître et, dans certains cas, rendre la conception plus difficile.
Certains hommes atteints d’hypothyroïdie peuvent présenter une diminution de la libido ou une dysfonction érectile, des troubles hormonaux associés, tels qu’une baisse de la testostérone ou une augmentation de la prolactine, ainsi qu’une fatigue et une diminution du bien-être général.
Effets sur la qualité du sperme
- Diminution de la mobilité des spermatozoïdes.
- Altérations de la morphologie des spermatozoïdes.
- Diminution du volume de l’éjaculat.
Ces altérations sont généralement plus marquées dans les cas d’hypothyroïdie modérée ou sévère.
Le traitement permet-il de restaurer la qualité du sperme ?
Oui, dans la majorité des cas.
La correction de l’hypothyroïdie par un traitement à base de lévothyroxine peut améliorer progressivement la qualité du sperme ainsi que les symptômes associés.
C’est pourquoi, chez certains patients présentant une infertilité masculine, il peut être recommandé d’inclure une évaluation de la fonction thyroïdienne dans le bilan hormonal.
Quand est-il recommandé d’évaluer la fonction thyroïdienne chez l’homme ?
Il peut être recommandé d’examiner la fonction thyroïdienne chez les hommes présentant :
- Une infertilité sans cause clairement identifiée.
- Des anomalies du spermogramme.
- Une dysfonction sexuelle.
- Une fatigue importante.
- Des antécédents de maladies auto-immunes.
- Des troubles hormonaux tels qu’une hyperprolactinémie ou un faible taux de testostérone.
Hypothyroïdie subclinique et FIV : quel taux de TSH est recommandé ?
L’hypothyroïdie subclinique demeure un sujet de grand intérêt en médecine de la reproduction. Elle se caractérise par un taux de TSH élevé alors que la T4 libre reste dans les valeurs normales.
Bien qu’il existe encore un certain débat scientifique, la majorité des recommandations internationales préconisent d’optimiser la fonction thyroïdienne avant les traitements de fertilité et pendant la période de conception.
Chez les femmes qui souhaitent une grossesse ou qui vont bénéficier d’un traitement de procréation médicalement assistée, on cherche généralement à maintenir :
- Une TSH dans les valeurs normales de la population générale.
- Historiquement, une valeur cible de 2,5 mUI/L était utilisée, ce qui a conduit à un excès de traitements sans bénéfice clairement démontré, ni effet délétère (effet neutre). Il convient toutefois de préciser que cette valeur reste utilisée dans certains centres.
Cet objectif revêt une importance particulière chez les femmes présentant :
- Des anticorps anti-thyroïdiens positifs.
- Des fausses couches à répétition.
- Des échecs d’implantation.
- Des antécédents d’infertilité.
Indications de la lévothyroxine dans l’hypothyroïdie
La lévothyroxine constitue le traitement de référence de l’hypothyroïdie et son utilisation est considérée comme sûre aussi bien pendant la période de conception que durant la grossesse.
Le traitement est généralement indiqué dans les situations suivantes :
- Hypothyroïdie clinique.
- Hypothyroïdie subclinique chez certaines patientes.
- Femmes enceintes présentant des troubles thyroïdiens.
- Patientes ayant recours à la procréation médicalement assistée, selon leur profil hormonal et immunologique.
Après confirmation de la grossesse.
Toutes les femmes déjà traitées avant la conception devront augmenter leur dose de lévothyroxine en raison de l’augmentation des besoins hormonaux liée à la grossesse.
Certaines devront débuter un traitement parce que l’hypothyroïdie apparaît au début de la grossesse, leur thyroïde n’étant pas capable de produire la quantité d’hormones nécessaire pendant la gestation. Dans ces cas, le traitement devra être interrompu après l’accouchement.
Pour cette raison, il est recommandé de réaliser un bilan biologique précoce après un test de grossesse positif.
Recommandations pour les patientes traitées par lévothyroxine
- Contrôler le taux de TSH avant de débuter une grossesse.
- Consulter rapidement son spécialiste en cas de test de grossesse positif.
- Ne pas interrompre le traitement en cas de grossesse et augmenter la dose le plus tôt possible.
Recommandations nutritionnelles lors de la recherche d’une grossesse : iode, sélénium, vitamine D et fer
L’alimentation joue également un rôle important dans la santé thyroïdienne et reproductive.
Iode
L’iode est indispensable à la synthèse des hormones thyroïdiennes. En effet, l’hormone thyroïdienne T4 contient quatre atomes d’iode que l’organisme est incapable de synthétiser et qui doivent être apportés par l’alimentation.
Pendant la grossesse, les besoins en hormones thyroïdiennes augmentent et, par conséquent, les besoins en iode nécessaires à leur production augmentent également.
C’est pourquoi une supplémentation adéquate en iode est essentielle chez les femmes qui souhaitent une grossesse. Elle doit être débutée peu avant la conception, poursuivie tout au long de la grossesse et pendant l’allaitement. En effet, la thyroïde du nouveau-né aura elle aussi besoin d’iode pour produire ses hormones thyroïdiennes, ce qui est particulièrement important lorsque le nourrisson est exclusivement allaité.
Sélénium
Le sélénium est un oligo-élément essentiel impliqué dans de nombreux processus biologiques liés à la fonction thyroïdienne, à la réponse antioxydante et à la reproduction.
La glande thyroïde est l’un des organes présentant la plus forte concentration de sélénium dans l’organisme. Ce minéral entre dans la composition des sélénoprotéines, indispensables au métabolisme des hormones thyroïdiennes et à la protection contre le stress oxydatif.
Plusieurs études ont évalué son intérêt potentiel chez les patientes atteintes de thyroïdite auto-immune de Hashimoto. Certains travaux ont montré une diminution des taux d’anticorps anti-thyroïdiens ainsi qu’une certaine amélioration de l’inflammation, bien que les résultats ne soient pas totalement homogènes.
À ce jour, les principales recommandations cliniques ne préconisent pas une supplémentation systématique en sélénium chez tous les patients atteints d’une maladie thyroïdienne auto-immune ou ayant un projet de grossesse.
Vitamine D
La vitamine D est une hormone dont les fonctions vont bien au-delà de la santé osseuse. Ces dernières années, son rôle potentiel dans la fertilité, la grossesse et la fonction immunitaire a fait l’objet de nombreuses recherches.
La carence en vitamine D est fréquente dans la population générale, y compris chez les femmes et les hommes en âge de procréer.
Les récepteurs de la vitamine D sont présents dans différents tissus de la reproduction, notamment :
- Ovaire.
- Endomètre.
- Placenta.
- Testicule.
Certaines études ont observé une association entre de faibles taux de vitamine D et de moins bons résultats reproductifs, bien que les preuves scientifiques restent encore insuffisantes pour établir un lien de causalité.
Bien que certains travaux suggèrent de meilleurs résultats reproductifs chez les femmes et les hommes présentant des taux normaux de vitamine D, il n’existe actuellement pas de preuves suffisantes pour considérer la supplémentation comme un traitement spécifique de l’infertilité en l’absence d’une carence documentée.
Pendant la grossesse, une carence en vitamine D a été associée dans certaines études à un risque accru de prééclampsie, de diabète gestationnel, d’accouchement prématuré et de faible poids de naissance.
Par conséquent, chez les femmes présentant des facteurs de risque ou une suspicion de carence, il peut être recommandé d’évaluer les taux de vitamine D avant ou pendant la grossesse.
Dans tous les cas, la supplémentation en vitamine D ne doit être prescrite qu’aux personnes présentant une carence confirmée par des analyses biologiques, avec des doses adaptées au degré de déficit.
Fer
Le fer joue un rôle important à la fois dans la fonction thyroïdienne et dans la santé reproductive, et une carence peut avoir un impact négatif sur ces deux processus.
La carence en fer est particulièrement fréquente chez les femmes en âge de procréer en raison des pertes menstruelles, de la grossesse et de l’augmentation des besoins nutritionnels.
Une carence martiale peut aggraver les symptômes de l’hypothyroïdie et altérer le bon fonctionnement de l’ovaire et de l’endomètre, favorisant ainsi des troubles de l’ovulation ou des irrégularités menstruelles.
Pendant la grossesse, les besoins en fer augmentent considérablement en raison du développement du fœtus et du placenta. Une carence importante peut être associée à une anémie maternelle, un risque accru d’accouchement prématuré, un faible poids de naissance et une fatigue maternelle importante.
Il existe un point particulièrement important chez les patients atteints d’hypothyroïdie : le fer peut diminuer l’absorption intestinale de la lévothyroxine. C’est pourquoi il est recommandé de prendre la lévothyroxine à jeun et de respecter un intervalle d’au moins quatre heures avant la prise de compléments de fer. Une mauvaise absorption liée à une prise simultanée peut rendre plus difficile un contrôle adéquat de la fonction thyroïdienne.
Questions fréquentes
Puis-je tomber enceinte si je souffre d’hypothyroïdie ?
Oui. La grande majorité des femmes dont l’hypothyroïdie est correctement traitée peuvent obtenir une grossesse et mener une gestation normale.
Quel taux de TSH est considéré comme normal pour débuter une grossesse ?
Il est généralement recommandé de maintenir une TSH dans les valeurs normales de la population générale avant la conception et pendant le premier trimestre de la grossesse.
Dois-je arrêter la lévothyroxine pendant la grossesse ?
Non. La lévothyroxine est sûre pendant la grossesse et doit généralement être poursuivie, avec une augmentation des doses en fonction de l’accroissement des besoins hormonaux liés à la gestation.
L’hypothyroïdie peut-elle affecter la fécondation in vitro (FIV) ?
Oui. Un mauvais contrôle de la fonction thyroïdienne peut avoir un impact négatif sur l’implantation embryonnaire et sur l’évolution de la grossesse obtenue par FIV. Il est donc important d’optimiser la fonction thyroïdienne avant le traitement de fertilité et tout au long de celui-ci.
Point important
La présence d’une hypothyroïdie n’implique pas nécessairement une infertilité. La plupart des patients peuvent voir leur état s’améliorer de manière significative grâce à un diagnostic précoce et à une prise en charge médicale adaptée, optimisant ainsi leur santé générale et reproductive.
En conclusion
Chez toute femme souhaitant une grossesse, il est recommandé d’évaluer la fonction thyroïdienne afin de déterminer s’il est nécessaire d’instaurer une supplémentation en hormones thyroïdiennes et de garantir un apport suffisant en iode.
Consultez notre Unité d’Endocrinologie de la Fertilitè d’Instituto Bernabeu.
Dre Pino Navarro, endocrinologue à Instituto Bernabeu Alicante.
